
Le 26 décembre 2004, déjà présente dans les zones touchées par le tsunami, ACF s’est rapidement mobilisée pour lancer des programmes d’urgence puis de réhabilitation auprès des personnes affectées. Avec la reprise progressive du conflit en 2006, ACF est également intervenue auprès des personnes déplacées. En 2005 et 2006, ACF est venue en aide à près de 165 000 personnes au Sri Lanka à travers des programmes d’accès à l’eau potable, d’assainissement et de relance économique et agricole.
En août 2006, suite au massacre de 17 de ses collaborateurs à Muttur, ACF suspend ses activités et ferme ses bases de Jaffna, Trincomalee et Batticaloa.
En septembre 2006, le conseil d’administration d’ACF décide, au vu des besoins humanitaires dans le pays, des besoins de l’enquête et pour être présente auprès des familles et de ses employés, de rester au Sri Lanka. ACF annonce alors qu’elle réduit ses activités et qu’elle se recentrera sur des opérations d'urgence auprès des personnes déplacées à Batticaloa.
Le district de Batticaloa est alors l’une des régions les plus affectées par le conflit et qui compte plus de 75 000 déplacés. Alors que les combats se poursuivent et que l’aide arrive de manière intermittente, les équipes d’ACF mettent en œuvre des programmes d’urgence dans plusieurs camps hébergeant des populations déplacées de la zone. Ces programmes visent à apporter ponctuellement de la nourriture, à approvisionner en eau potable et à améliorer les conditions d’hygiène de près de 10 000 personnes.
En août 2007, suite à la fin des opérations d’urgence dans la zone de Batticaloa et au vu des conditions de sécurité pour le personnel d’ACF, Action contre la Faim décide d’arrêter toute activité humanitaire dans le pays afin de se concentrer uniquement au suivi des enquêtes sur le massacre de Muttur grâce à la présence d’une équipe réduite à Colombo.
Le 28 mars 2008, après 18 mois de suivi des différentes enquêtes et voyant qu’aucune des 3 procédures n’a avancé, Action contre la Faim décide de quitter le pays.
ACF a mis en place une prise en charge spécifique pour les familles des victimes, calquée sur la pratique des organisations internationales. Ainsi, ACF a indemnisé rapidement les familles sur la base d’un quotient familial et en fonction de l’ancienneté des employés, équivalent en moyenne à 2 ans de salaire.
L’organisation a aussi délivré aux familles une « enveloppe de solidarité » afin de payer les frais d’obsèques.
Encore aujourd’hui, ACF suit les familles via des visites ou des contacts téléphoniques réguliers, afin notamment de les tenir informées de l’évolution des procédures d’enquête. ACF a également soutenu les familles dans leurs démarches administratives (obtention de l’acte de décès, demande de la compensation légale due par le gouvernement…).
Enfin, ACF a pu assister certaines familles, victimes de menaces, dans leurs démarches d’asile.
Depuis la fin de l'année 2005, la multiplication des accrochages sérieux entre les parties au conflit a remis chaque jour un peu plus en cause le cessez-le-feu conclu en 2002 entre les rebelles Tamouls et le gouvernement de coalition nationaliste sri lankais. Les combats se sont intensifiés entre l’armée et les rebelles séparatistes, et les tentatives de négociations sont restées infructueuses jusqu’à la renonciation officielle au cessez-le-feu, le 2 janvier 2008, par le gouvernement sri lankais. L’atomisation du conflit rend aujourd’hui cette guerre de plus en plus complexe avec notamment la multiplication des groupes paramilitaires. A l’heure actuelle, les combats qui s’inscrivent dans la quatrième phase de ce qu’il convient d’appeler la guerre d’Eelam(1) sont toujours aussi violents ne laissant que peu d’espoir à une résolution prochaine du conflit. Aussi, on dénombre de plus en plus d’attaques terroristes et d’enlèvements. Par ailleurs, il reste difficile d’évaluer la situation exacte au vu de la propagande mise en place par chaque partie au conflit.
Dans le conflit persistant entre le gouvernement sri lankais et le groupe rebelle des Tigres de libération de l’Eelam Tamoul (LTTE), les deux parties ne montrent que très peu d’intérêt à assurer la sécurité et le bien-être des civils – et par conséquent violent les règles élémentaires de droit international humanitaire – en prenant pour cibles des zones comprenant majoritairement des civils et en empêchant l’intervention de l’aide humanitaire pourtant nécessaire. Depuis le début du conflit, des centaines de civils ont été tués ou blessés, et plus de 215 000 personnes déplacées.
Le respect des droits de l’Homme par toutes les parties au conflit se dégrade au fil de l’escalade des violences. De nombreux rapports(2) citent les exécutions extrajudiciaires commises par des agents gouvernementaux, des assassinats politiques, le recrutement d’enfants soldats par les forces paramilitaires associées au gouvernement, les disparitions, les arrestations et détentions arbitraires, etc. Il n’y a que très peu d’arrestations et de condamnations à la suite de ces exactions.
Quant au LTTE, qui détient encore un contrôle important sur la partie du nord de l’île, il continue d’attaquer les civils, ainsi que de pratiquer la torture et les détentions arbitraires, de refuser les procès publics et justes, de restreindre la liberté d’expression, de presse, de réunion, d’association, de forcer les recrutements, même d’enfants. Le LTTE a aussi été actif sur des zones qu’il ne contrôle pas, notamment avec le lancement d’attentats suicide. Le LTTE est considéré comme une organisation terroriste dans plus de 32 pays comme l’Inde, les Etats-Unis, l’Union Européenne…